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INTRODUCTION
AUX ECHECS MEDIEVAUX
Bruno BURNEL |
éjà
le soleil était entré dans le signe du Cancer. C'était
la veille de la Saint Jean. Dès l'heure de Tierce, la chaleur
s'était levée sur la mer et le vent était
tombé, et l'après-midi, il y avait une telle chaleur
dans l'air que mariniers, chevaliers, hommes et femmes gisaient
et dormaient, tant ils se sentaient las et épuisés.
Tristan jouait aux Echecs avec Iseult sous la tente.
"Tristan et Iseult " ,Thomas
d'Angleterre aux alentours de 1170 |
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Partie d'échecs
"courtoise", Les Échecs amoureux. Manuscrit copié
et peint pour Louise de Savoie, vers 1500-1505. Parchemin (416
feuillets, 51,5 X 34,5 cm).
BNF, Manuscrits (fr. 143 f° 1) |
és
en Inde, au VIème siècle, les échecs (ou chatarunga)
firent leur apparition en Europe aux alentours de l’an Mille ,
rapportés de Perse par les Seigneurs arabes d’Espagne.
Le jeu devient rapidement très populaire à la cour des
grands mais aussi chez les plus modestes. Des plus modestes qui jouaient
souvent avec des dés et pour de l'argent alors que le jeu des
nobles est un jeu courtois et parfois même très moralisé.
Afin d'assurer la gloire du "plus nobles des jeux", les auteurs
du moyen-age prêtèrent à Achille, Ulysse, Aristote
ou au Roi Salomon, la pratique des Echecs. Mythe, légende, peut-être
mais le jeu ne cessera d’évoluer, jusqu’à
la fin du XVème siècle où il prendra la forme et
les pièces que nous lui connaissons.
Pour débuter cette série
d'articles, intéressons-nous aux pièces et comment elles
se sont transformées. Les pièces des jeux médiévaux
sont souvent de véritables oeuvres d'art, sculptées dans
l'ivoire, le bois ou dans des pierres semi-précieuses. A noter
que le noir et le blanc du jeu moderne ne sont pas exclusifs et les
matières premières utilisées pour la sculpture
donnent des jeux plus colorés. De même, l'échiquier
n'est que tardivement quadrillé de façon systématique
; à partir du XIIIème siècle : "Le monde ressemble
à l'échiquier quadrillé noir et blanc, ces deux
couleurs symbolisant les conditions de vie et de mort, de bonté
et de péché."
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Recueil
de parties et problèmes d'échecs
Nicholes de S. Nicholaï de Lombardie, Le Gieu des
eskies. Manuscrit copié et peint à Paris,
début du XIVe siècle.
Parchemin (206 feuillets).
Paris, BNF, Manuscrits (fr. 1173 f° 3) |
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Les Pièces...
Le
Roi : Le shah du jeu indien est la plus
importante et la plus faible de toutes les pièces. Son originalité
tient dans le fait qu'elle est une des deux seules à avoir traversé
les siècles sans que sa forme ou son déplacement n'aient
été modifiés. Le terme 'mat' du jeu d'échec
vient de l'expression persanne 'shah mat' ; le roi est mort.
 La
Dame : La pièce la plus puissante de l'échiquier
moderne n'est apparue sur l'échiquer que dans la deuxième
partie du moyen-âge, et de façon progressive. A l'origine,
c'est un conseiller (firzan) qui protégeait le Roi dans le jeu
oriental. La représentation imprécise des pièces
et les coutumes des cours le transformèrent en Reine. Une Reine
dont les capacités de déplacement furent étendues
au fil des siècles. Une Reine qui devint Dame après que
Marie-Antoinette perdit sa tête.
Le
Fou : Curieuse destinée que celle de l'éléphant
(al fil) du jeu originel...
Au gré des interprétations linguistiques, al fil deviendra
alphinus puis alphin (ou alfin) qui désigne le juge en Angleterre.
Rôle de juge officiel tenu par les évêques chez les
anglais, rôle officieux du fou dans les cours européennes,
les deux figures cohabitent encore sur les échiquiers modernes.
La puissance du fou s'est accrue au moyen-âge; l'éléphant
ne pouvait se déplacer que de deux cases en diagonale (avec possibilité
de sauter par dessus d'autres pièces). Toute la diagonale sera
accordée au fou, sans doute à l'orée du XVème
siècle.
Le
Cavalier : Il cultive avec le Roi le fait de ne pas avoir subit
d'évolutions
au cours de l'histoire. Intemporel, il a passé les frontières
et les siècles. Parfois promu chevalier dans les jeux courtois,
il bénéficie d'un pouvoir unique ; il peut sauter par
dessus d'autres pièces ; le cavalier est l'arme des fins stratèges.
La
Tour : Autre métamorphose marquante que celle du char
du jeu
indien. Le char devint rukh, rapace de légende en Iran. Le rukh
devint roc en France et rook en Angleterre ; la Tour allait naître
de ces déviations de langage. Si les déplacements, horizontaux
et verticaux ne semblent pas avoir changé, il semblerait que
la portée de ce déplacement ait pu naître de l'avénement
de la poudre et de la portée des armes ?
Le
Pion : Peu ou pas de changements pour le Pion... Jacques de
Cessoles
tenta au XIVème siècle, une personnalisation de chaque
pion en accord avec les métiers et occupations de l'époque.
En vain ; le Pion resta assimilé à un fantassin, offert
en massacre aux pièces nobles dans les parties médiévales
!! Autres temps, autres moeurs, il deviendra une pièce essentielle
du jeu moderne !
Pour en finir... le commencement
:
Un sage nommé Sissa :
"D'après la légende, l'inventeur présumé
des échecs indiens serait un brahmane nommé Sissa. Il
aurait inventé le tchaturanga pour distraire son prince de l'ennui,
tout en lui démontrant la faiblesse du roi sans entourage. Souhaitant
le remercier, le monarque propose au sage de choisir lui-même
sa récompense. Sissa demande juste un peu de blé. Il invite
le souverain à placer un grain de blé sur la première
case d'un échiquier, puis deux sur la deuxième case, quatre
grains sur la troisième, huit sur la quatrième, et ainsi
de suite jusqu'à la soixante-quatrième case en doublant
à chaque fois le nombre de grains. Cette demande semble bien
modeste au souverain fort surpris et amusé par l'exercice. Mais
le roi n'a jamais pu récompenser Sissa : tout compte fait, il
aurait fallu lui offrir non pas un sac, mais 18 446 744 073 709 551
615 grains... soit la toute les moissons de la Terre pendant environ
cinq mille ans !"
texte extrait du site de la BNF consacré
aux échecs. http://classes.bnf.fr/echecs/
près
cette présentation du jeu et des pièces, venez découvrir
avec nous les trésors des échecs médiévaux.
Nous vous conterons la légende de Palamède, héros
de l'Antiquité et du Moyen-Âge, père des échecs
jusqu'au XIXème siècle. Nous vous dirons comment la reine
s'émancipa pour devenir la pièce la plus puissante de
l'échiquier. Puis, à la lecture de Jacques de Cessoles,
nous verrons comment Roi, Reine et Cavaliers du jeu n'étaient
pas si éloignés de leurs semblables de la vie médiévale.
Jeu des Rois, Roi des Jeux, les échecs ne finiront pas de vous
surprendre.
... à suivre.
Sources
: |
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- site de la BNF
; http://classes.bnf.fr/echecs/ |
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- Les jeux au Moyen-Age,
Fabian Millers, Centre de Développemenent en Art et Culture
Médiévale (CDACM) |
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76 210 NOINTOT

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